Francois Gervais

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“Isabelle” by Francois Gervais, reprinted from Des nouvelles sous l’soleil.

Quelque part en pleine forêt boréale dans le nord de la Saskaytchewan, une jeune femme des prairies vit seule dans une cabane rustique. Elle chasse l’hiver et passe ses étés à pêcher et à jardiner. Elle vit par choix en ermite sans jamais voir personne. Quand le mois d’août se présente, le vent, seul à la connître, l’emporte au-delà des pins jusque dans la plaine chaude, vers l’horizon qui se jette dans la nuit. Isabelle Tournesol devient jeune femme en mouvement dans le midi de l’été avec ses longs cheveux lumiére et ses grands yeux d’azur. Sa longue marche annuelle de l’automne lui fait du bien. Elle va vendre ses peaux de loups à Nipawin et revient aven ses sacs de farine, ses épices, ses allumettes et ses munitions. Le vent diurne n’aime pas la voir à la ville, un vent de forêt jaloux qui n’hésite pas à faire voyager la plainte d’un huard ou celle d’un loup pour exprimer so plaisir à caresser sa peau dorée, à emprunter la main du remble pour faire danser ses beaux cheveus ondulés. Il la distrait en lui rappelant les longues nuits d’été à lui faire l’amour au clair de lune. Il lui murmure à l’oreille le danger de la ville mais elle poursuit sa route, obstinée; le sable dans sa bouche ne la derange nullement.

Quand les grands vent nocturnes s’emparent du ciel, elle est couchée sur le dos au pied du lit de la rivière et ne bouge pas. La lune assiste au spectacle majestueux des aurores boréales. Des chevaux de brume parcourent le ciel étoilé de la Saskatchewan à grande vitesse, des chevaux verts affolés, en fuite, pourchassés par les ombres fantômes que posséde le vent. Le ciel est à la fois fascinant et manaçant. Tout bouge si rapidement dans un tourbillon do ronces et de poussière. Isabelle en à le vertige. Elle oublie la colère du vent et s’endort avec l’eau de la rivière qui lui coule dans les oreilles.

Elle se réveille aux lueurs du jour. Isabelle a la gorge sèche. Ella a soif. Entre la nuit des chevaux verts et l’aube des grands sapins, elle sent les ailes au bout de ses doigts. Le souffle au bout des ongles. Sa main aux couleurs chaudes cherche à atteindre le ciel encore en mouvement. Mais les étoiles s’éteignent une à une, à coups de pinceaux. Le vent a quitté la nuit. Elle doit se lever et poursuivre sa route. Arrivée à Nipawin, elle n’a aucune difficulté à vendre ses peaux. Elle se procure ce dont elle a besoin pour passer l’hiver. Mais elle s’attarde. Elle reste longtemps au coin de la rue à observer les automobiles circuler dans tous les sens. Elle ne semble pas pressée de reprendre sa route. Le vent s’est enfui. Une tempête de nuages gris se prépare au-dessus de sa tête mais le vent est désert le long des trottoirs. L’orage éclate sa fureur. Le tonnerre gronde. Les éclairs fument. Les nuages pleurent. Isabelle refuse de partir sans le vent. Son grand vertige la rend suspecte aux yeux du monde civilisé. Elle reste là à attendre sur le trottoir, attendre qu’on vienne la chercher.

“Isabelle” by Francois Gervais, reprinted from Des nouvelles sous l’soleil. Regina: Les Éditions de la nouvelle plume, 1998. pp. 19-20.
Used by permission.

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